15/05/2018

Pourquoi les rapports Oxfam sont truffés d'erreurs et dotés d'une méthodologie douteuse ?

Attention à la méthodologie douteuse des rapports Oxfam

Oxfam est un regroupement d'associations qui luttent contre la pauvreté et les inégalités dans le monde. Régulièrement, Oxfam publie des rapports sur ces sujets qui sont fortement relayés dans la presse et les médias.

Hier, Oxfam a publié un rapport sur la répartition des bénéfices dans les entreprises du CAC 40. Si le débat mérite d'être soulevé, le rapport lui est truffé d'erreurs et de biais qui décrédibilise malheureusement l'association. Le pire est que cela a été trop rarement évoqué par les médias et la presse. L'Usine Nouvelle a publié une interview de Patrick Artus (directeur chez Natixis donc loin d'être objectif) pour donner une contrepoids mais il aurait été préférable de faire une vraie analyse détaillée et objective pour prendre du recul sur ce rapport Oxfam.

Que dit ce rapport ? Il dit que les entreprises du CAC 40 ont principalement utilisé leurs bénéfices pour rémunérer leurs actionnaires (67 %) et très peu pour rémunérer leurs salariés à travers la participation et l'intéressement (5 %). Le reste allant au réinvestissement dans l'entreprise. Pourquoi ces conclusions sont biaisées et s'appuient sur des erreurs de méthodes ?

Les dividendes ne reflètent pas la rémunération des actionnaires

Si vous avez lu mon article sur la signification du prix d'une action, vous comprendrez rapidement que, malgré la croyance populaire, les dividendes ne sont absolument pas pertinents pour mesurer la rémunération des actionnaires. En effet, le détachement d'un dividende fait baisser mécaniquement le cours de l'action et cela est neutre pour l'actionnaire.

L'actionnaire cherche à se rémunérer sur la création de valeur de l'entreprise qui fera croitre la valeur de l'action, avec ou sans détachement de dividende. La dividende n'a d'intérêt pour l'actionnaire que s'il juge qu'il fera meilleur usage de cet argent que l'entreprise dans laquelle il a investi. Certains actionnaires privilégient les entreprises à fort dividende non pas à cause de celui-ci directement mais parce qu'un fort dividende est souvent (pas toujours) synonyme d'une entreprise qui arrive à être rentable sur le long terme.

Quelqu'un qui s'intéresse un peu aux marchés financiers et aux actions d'entreprise verra facilement que les entreprises qui distribuent des dividendes ne sont pas forcément une bonne affaire pour l'investisseur, surtout dans les entreprises du CAC 40 ! Historiquement, EDF a toujours été un exemple de gros distributeur de dividendes. Et le cours de son action s'est effondré tout au long des années. Un très mauvais pari pour l'actionnaire. Au contraire, une entreprise comme Iliad (maison mère de Free) distribue une part très faible de dividendes et a pourtant permis à ces actionnaires de s'enrichir considérablement. Un autre exemple frappant est celui d'Apple qui ne distribue quasiment jamais de dividendes, et pourtant leurs actionnaires sont devenus très riches en possédant ces actions Apple.

A travers son rapport et ses comparaisons à d'autres pays, Oxfam sous-entend que le CAC 40 rémunère mieux que les autres pays. Il suffit de comparer objectivement et financièrement ce qu'aurait gagné un investisseur sur le CAC 40 plutôt qu'un investisseur sur le DAX ou le S&P 500 (toutes les données historiques sont disponibles) pour comprendre que cela est totalement faux.

Les profits d'une entreprise française ne sont pas que les profits du travail des salariés français

On l'oublie encore trop souvent (et pourtant on devrait en être fier) mais les entreprises du CAC 40 génèrent la majorité de leurs profits à l'étranger. Il est absurde de vouloir le comparer uniquement aux salariés français. Les investissements de ces entreprises se font dans le monde entier, tout comme les actionnaires sont loin d'être tous français.

Les salaires et les conditions de travail sont aussi des facteurs de partage des revenus de l'entreprise

Les salaires (et son évolution) ainsi que les conditions de travail sont bien plus pertinents comme éléments que les primes (qui ne touchent pas tous les salariés) et l'intéressement pour mesurer le partage des revenus au sein d'une entreprise.

Pourtant, Oxfam oublie complètement d'évoquer ces aspects et de faire une étude approfondie détaillée. Ce n'est pas étonnant quand on sait que les salariés des entreprises du CAC 40 bénéficient de nombreux avantages et d'une évolution salariale favorable comparée à d'autres entreprises similaires dans d'autres pays.

Les salariés sont aussi souvent des actionnaires

Pourquoi chercher sans cesse à opposer salariés et actionnaires ? Dans les entreprises du CAC 40, la proportion de salariés actionnaires est extrêmement importante grâce aux dispositifs de Plan d'Epargne Salariale (dont je vous recommande l'utilisation dans cet article).

Si les actionnaires du CAC 40 s'enrichissent si simplement, n'oubliez pas que n'importe qui peut devenir actionnaire de tout le CAC 40 via des trackers ayant très peu de frais de gestion. Devenez actionnaire, c'est aussi le conseil que je vous donne à travers ce blog.

D'autres méthodes douteuses dans de précédents rapports Oxfam

Malheureusement ce n'est pas la première fois qu'Oxfam utilise une méthodologie douteuse. Et pire encore, ce n'est pas la première fois (et certainement pas la dernière) que ces conclusions sont fortement relayées par tous les médias qui n'apportent que trop rarement un regard critique.

Il y a quelques mois, Oxfam publiait un autre rapport sur les inégalités de richesse avec une formule choc : 82 % des richesses créées dans le monde ont bénéficié aux 1 % les plus riches. La méthodologie utilisée pour évaluer la richesse est très critiquable. En effet, en regardant le patrimoine net des emprunts, une personne qui possède un prêt immobilier se retrouve plus pauvre qu'un enfant syrien sans abri. De même, avec cette méthodologie, les Etats-Unis font partie des pays ayant le plus de pauvres loin derrière la Chine. Est-ce vraiment pertinent ?

Je vous invite à lire cet article des décodeurs du Monde pour comprendre en détails en quoi il faut être méfiant vis à vis de cette étude. Ainsi que cet article sous Wikipédia qui parle des nombreuses polémiques et critiques qui entâchent Oxfam. Difficile de comprendre pourquoi ils arrivent à garder cet aura médiatique...

En conclusion, attention donc aux études médiatisées et aux conclusions trop hâtives. Ces débats doivent être soulevés et nous sommes loin de vivre dans un monde avec une juste répartition des richesses. Mais si nous ne faisons pas l'effort de comprendre la complexité du problème, nous n'arriverons jamais à des solutions efficaces ni à faire élever le débat et les croyances populaires.

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