12/06/2018

Pourquoi le Bitcoin et les cryptomonnaies remportent un tel succès auprès des particuliers ?

L'incroyable engouement des particuliers pour le Bitcoin et autres cryptomonnaies

Depuis 2017, le Bitcoin et les cryptomonnaies ont connu une forte médiatisation et l’engouement auprès des particuliers a explosé. Je vous avais déjà parlé du phénomène Bitcoin dans un précédent billet. On compte désormais plusieurs millions de personnes dans le monde qui possèdent des Bitcoins et le nombre de traders particuliers ne cessent d’augmenter. Comment expliquer un tel succès ?

Une nouvelle technologie prometteuse

Le fonctionnement du Bitcoin repose sur un registre décentralisé et sécurisé appelé chaine de blocs ou blockchain. Cette innovation permet, entre autres, de créer une monnaie décentralisée (sans nécessité d’une autorité centrale comme une banque ou un gouvernement) ce qui est une rupture totale par rapport à tout ce que nous avons connu jusqu’à maintenant en terme de monnaie. Cette technologie possède un potentiel important (développement d’applications décentralisées) et beaucoup d’investisseurs (particuliers et institutionnels) se ruent sur ce nouveau marché. Avec le cours du Bitcoin multiplié par plus de 10 en 2017, de nombreux particuliers ont eu peur de manquer quelque chose (le phénomène FOMO) et se sont précipités dans le train.

L’espoir de gagner beaucoup rapidement

Si certains investisseurs se lancent dans le Bitcoin et les cryptomonnaies pour le long terme, il y a aussi beaucoup de particuliers qui recherchent des performances à court terme. Certains ont réussi en 2017 avec la folle montée des prix des cryptomonnaies et de plus en plus de personnes cherchent à reproduire cette réussite pour les prochaines années. Mais comme on le dit trop souvent en finance : les performances passées ne préjugent pas de l’avenir… Ne vous faites pas d’illusion : tout le monde ne deviendra pas millionnaires avec le Bitcoin !

Une volatilité très importante accessible à moindre frais pour les particuliers

Une autre caractéristique des cryptodevises qui plait énormément aux particuliers est la grande volatilité des prix. Certains parlent de « trading classique à la puissance 10 ». Il suffit de voir les graphiques des cours de certaines cryptomonnaies pour s’en rendre compte (exemple ci-dessous avec le prix du Monero qui a oscillé entre 220 et 190 USD en 7 jours seulement !). Une telle volatilité est très risquée mais cela plait aussi à de nombreux traders amateurs en quête de sensations fortes.

Evolution du prix du Monero en 7 jours

De plus, il existe des centaines de plateformes d’échanges de cryptomonnaies, similaires à des plateformes de bourse classique, qui sont accessibles à tous, souvent anonymes et à faible frais. Alors qu’un particulier en quête de volatilité devra dépenser beaucoup de frais pour trader des produits dérivés et exotiques via une banque traditionnelle, avec le Bitcoin, c'est à la portée de tous.

Un marché encore non règlementé

Face à ces nouveaux marchés, la réglementation a encore du mal à suivre aussi bien pour les entreprises du secteur et la fiscalité pour les particuliers. Il est évident que la situation règlementaire va encore évoluer. Mais face à ces flous, beaucoup en profitent pour ne pas déclarer leurs gains, à leurs risques et périls.

Attention aux arnaques et promesses de gains

Face à cet engouement des particuliers, de très nombreuses arnaques se sont développées autour des cryptomonnaies. Je vous conseille de faire très attention à toutes les offres alléchantes qui fleurissent sur Internet. Le nombre de victimes augmente considérablement. Sachez qu’il n’existe aucun moyen sans risque de gagner beaucoup d’argent en un minimum de temps. N’oubliez pas l’équation fondamentale : Argent = Temps x Travail x Chance. Il vous faudra au moins un de ces facteurs pour espérer gagner quelque chose. Donc attention à ne pas donner vos coordonnées personnelles, ni investir dans quelque chose que vous ne maitrisez pas complètement de bout en bout.

Enfin, je vous rappelle que, mathématiquement, le trading (à ne pas confondre avec l’investissement) est un jeu à somme nulle : les gains des uns se font sur les pertes des autres. Vous pensez être meilleur que les autres à ce sport ? Soyez humble dans vos investissements à risques et ne mettez en jeu que ce que vous pouvez perdre totalement.

07/06/2018

Que valent vraiment les super livrets ou livrets boostés proposés par de nombreuses banques ?

Les super livrets ne sont pas si super que ça...

Quasiment toutes les banques en ligne proposent des livrets d'épargne ayant des taux très attractifs et sans aucun risque comme un Livret A ou un LDD. Est-ce forcément de bonnes affaires ? Loin de là à cause de la fiscalité… En effet, le principal avantage du Livret A ou du LDD est qu’ils sont totalement défiscalisés, vous ne payez ni impôt sur les revenus ni prélèvements sociaux sur les gains réalisés par ces épargnes réglementées.

Ce n’est pas le cas pour les super livrets où vous devrez payer l’impôt sur les revenus et les prélèvements sociaux. Depuis le 1er janvier 2018, le prélèvement forfaitaire unique (appelé aussi flat tax) permet de payer ces 2 prélèvements obligatoires sous la forme d’un seul taux unique de 30 % aujourd’hui (qui comprend donc 17,2 % de prélèvements sociaux et 12,8 % au titre de l’impôt sur les revenus). Si vous faites partie de la moitié des ménages français qui paient un peu d’impôt sur les revenus, il vous sera toujours préférable d’opter pour le prélèvement forfaitaire unique.

Exemple concret sur les meilleurs super livret disponibles

Pour comparer avec le taux net du Livret A et LDD à 0,75 %, il vous donc enlever 30 % au taux brut affiché par les livrets boostés. Prenons l’exemple du livret Distingo de PSA Banque ou du livret Zesto de RCI Banque (ils sont quasiment identiques), qui offrent à ma connaissance le meilleur rendement pour un super livret avec un taux brut de 1 % par an. Une fois la fiscalité déduite, il ne vous reste plus que 0,7 % soit moins que le Livret A ! Par contre, la limite de dépôt pour le livret de PSA Banque est très élevé à 10 millions d’euros par an, contrairement aux Livret A ou LDD.

Il est vrai que parfois ces livrets boostés proposent des taux promotionnels très intéressants à 2 ou 3 %. Mais cela ne dure que quelques mois et le gain est donc très faible. Comme vous pouvez le voir dans le tableau ci-dessous, si on calcule le taux annualisé net d’impôts, même avec une super promotion, au bout de 4 ans d’épargne, vous aurez une meilleure plus-values avec un Livret A.

Comparaison du rendement annuel net entre Livret A et super livrets

Certains peuvent être tentés d’alterner en les livrets Distingo et Zesto pour toujours bénéficier des promotions (quand elles ont lieu, ce qui n’est pas toujours le cas) mais vu le très faible gain (quelques dizaines d’euros au mieux sauf si vous placez plus de 50 000 euros), cela ne vaut pas le coup de toutes les démarches administratives et le temps perdus.

Les super livrets n’ont de super que leur nom

Pour illustrer l’impact que peut avoir le taux de rendement annualisé sur votre épargne, voici à titre de comparaison l’évolution d’une épargne de 50 000 euros investie avec un taux net de 0,7% (meilleur super livret), 0,75 % (livret A et LDD), 5% (rendement proche de l’immobilier papier) et 8 % (rendement proche des actions monde) sur 20 ans. L’énorme différence s’explique par le célèbre phénomène des intérêts composés : les gains générés par les intérêts génèrent eux aussi des intérêts, et l’effet boule de neige s’amplifie avec le temps.

Evolution d'une épargne investie différemment au cours du temps

En conclusion, je vous déconseille fortement les super livrets qui ne sont pas attractifs à cause de la fiscalité. Ils sont intéressants si vous ne payez pas d’impôt sur les revenus mais dans cette situation, il est peu probable que vous ayez beaucoup d’épargne à investir. De plus, même si vos Livrets A et LDD sont remplis aux limites, je vous conseille plutôt de placer votre argent dans un PEA, plafonné à 150 000 euros de dépôts, et dans une assurance-vie, qui elle n’a pas de limite de plafond. Pour plus de renseignements, je vous invite à relire mon précédent article sur comment investir votre épargne entre les différents supports disponibles.

30/05/2018

Ne pas négliger la répartition entre actions, obligations, immobilier et fonds en euros

Pourquoi passer tant de temps à choisir ses actions et négliger le reste ?

La majorité des particuliers qui boursicotent passent souvent énormément de temps à choisir leurs actions et leurs trackers. Ils recherchent sans cesse à optimiser leurs portefeuilles dans leurs PEA et comptes-titres en fonction de nombreux critères (géographique, sectoriel, valorisation, analyses graphiques etc.), au gré des actualités.

Cependant, ces mêmes investisseurs particuliers oublient bien trop souvent de réfléchir à la répartition de leurs types de placements. En effet, il n’y a pas que les actions d’entreprise pour faire fructifier son épargne. Certains diront que les actions offrent le meilleur rendement sur le long terme, et qu’il faut se concentrer dessus. Si c’est vrai sur le long terme, encore faut-il définir un ordre de grandeur pour le long terme.

En effet, votre épargne n’est pas toujours destinée à être utilisée au bout de 20 à 30 ans. Vous aurez souvent envie d’en profiter avant. Et pour ne pas finir piégé dans une crise boursière qui peut durer plusieurs années, diversifier ses placements est indispensable. Vous diminuerez ainsi les risques et la volatilité de vos investissements.

Les différents types de placements

Les principaux placements accessibles aux particuliers sont les suivants. Les rendements bruts annuels sont donnés à titre indicatif, gardez en tête qu’ils sont très variables et dépendent de nombreux facteurs (comme les taux directeurs des banques centrales).
  • Les actions d’entreprise qui offrent un très bon rendement sur plus de 10 ans si vous diversifiez suffisamment. Mais c’est aussi le placement le plus risqué dans le sens où s’il y a une crise financière, vous pouvez devoir attendre plusieurs années avant de retrouver une bonne rentabilité de votre investissement.
    • Rendement brut annuel : entre 5 et 10 %
  • Les obligations qui sont des prêts moyens et longs terme à des Etats ou des entreprises. Ils sont moins risqués et offrent un bon rendement régulier. Vous pouvez viser entre 3 et 6 % de rendement brut annuel.
    • Rendement brut annuel : entre 2 et 6 %
  • L’immobilier à travers des parts dans des SCI ou SCPI. Vous pouvez aussi acheter directement des biens immobiliers pour les louer mais cela demande du temps et de l’argent pour sa gestion et optimiser la fiscalité associée.
    • Rendement brut annuel : entre 4 et 8 %
  • Les fonds en euros sont des fonds garantis et proposés par les assurances-vie uniquement. Ils offrent le meilleur rendement pour un placement sans risque. Ils sont investis dans différents placements mais en majorité des prêts court termes à des entreprises ou des obligations d’Etat.
    • Rendement brut annuel : entre 1 et 3 %
  • Le monétaire qui correspond aux prêts court terme quasiment sans risque. Je vous les déconseille car ils ne rapportent quasiment plus rien. Je vous ai déjà expliqué pourquoi il est inutile d'investir dans le monétaire de nos jours.
    • Rendement brut annuel : entre 0 et 1 %
Il existe aussi d’autres placements plus exotiques (matière première, vins, arts, objets de collection, Bitcoin, Ethereum…) mais personnellement, je pense qu’ils sont encore trop spéculatifs et absolument pas indispensables à la bonne gestion de votre épargne.

Comment diversifier ses placements à moindre frais ?

Comme je vous en ai parlé dans mon billet sur les différents supports d’investissements, les PEA, PEA-PME, assurance-vie et l’épargne salariale sont, selon moi, largement suffisants pour investir et valoriser votre épargne. On peut même n’utiliser que ces supports pour se constituer une épargne suffisante pour devenir rentier.

Pour vous exposer aux performances du marché actions, vous pouvez utiliser le PEA, PEA-PME, l'épargne salariale et l’assurance-vie. Pour l’assurance-vie, vous ne pourrez pas avoir des actions en direct mais vous pouvez acheter des trackers ou des fonds actions. Privilégiez les trackers pour réduire les frais de gestion. Pour l'épargne salariale, il est très intéressant d'investir quand vous pouvez bénéficier d'abondement par votre entreprise.

Pour investir sur des obligations, vous devrez passer par votre assurance-vie ou votre épargne salariale. Pour choisir les fonds les plus intéressants, il faut viser les frais de gestion les plus faibles possible et une diversification internationale des obligations.

Pour placer votre argent dans l’immobilier, vous pouvez acheter un bien et le louer mais cela demande du temps et de l’argent. Ou alors, plus simplement, vous pouvez acheter des parts de SCPI ou SCI via votre assurance-vie. Les fonds proposés vont dépendre de votre assureur ou banque. Pour réduire les risques, je vous conseille de prendre des fonds proposant de l’immobilier pour entreprises et particuliers.

Pour les fonds en euros, vous n’aurez pas d’autres choix que les assurances-vie. La performance du fonds dépendra de la banque ou assureur choisi. Personnellement, j’ai Fortuneo qui est réputé pour des fonds en euros très performants. Chaque année, il y a un classement pour les fonds en euros.

Quelle répartition choisir entre ces différents types de risques ?

Cela dépendra de votre style de gestion et surtout de votre horizon de placement. Si vous souhaitez utiliser votre épargne dans les 5 prochaines années, alors il faudra mettre plus de 60 % sur des supports moins risqués comme les obligations et les fonds en euros. Entre 5 et 15 ans, vous pouvez répartir équitablement entre actions, obligations, immobilier et fonds en euros. Enfin, au-delà de 15 ans, je vous conseille de mettre plus de 60 % en actions et immobilier.

Bien sûr, il s'agit là d'une règle simple à titre indicatif que vous pouvez moduler selon vos préférences personnelles, et votre situation financière particulière.

22/05/2018

Attention aux fonds monétaires éligibles au PEA qui sont sûrs et sans risque

Les fonds monétaires éligibles au PEA : la fausse bonne idée

Peu d’épargnants le savent, mais il est possible d’acheter des fonds monétaires au sein de son PEA (mais pas dans un PEA-PME). Un fonds monétaire est principalement composé de prêts court terme à des Etats ou des entreprises. Pour être éligible au PEA, ces fonds utilisent des contrats swap comme évoqué dans ce précédent billet. Le marché monétaire est essentiel pour assurer la trésorerie des acteurs financiers, et ces prêts court terme sont quasiment sans risque.

Certains épargnants particuliers pensent que ces fonds sont intéressants pour sécuriser ses placements, quand le marché actions est sur une tendance baissière ou subit des aléas trop importants. Cependant, à cause des taux d’intérêt maintenus historiquement bas par les principales banques centrales, le rendement de ces fonds monétaire est ridiculement faible. Pire encore, avec les frais de gestion et les frais de passage d’ordres, le rendement peut s’avérer même négatif ! Autant donc laisser vos liquidités non investies dans votre PEA plutôt que d’acheter ces fonds.

Exemple de rendement négatif pour un placement sans risque

Il existe plusieurs fonds monétaires éligibles au PEA dont le plus célèbre est AMUNDI SERENITE PEA (FR0010173237). Si vous regardez en détails les performances, vous serez surpris car elle peut être négative. Ainsi, sur 2018, AMUNDI SERENITE PEA a un rendement négatif de -0,37% ! En fait, il est bien précisé sur le prospectus que si les frais de gestion sont supérieurs au taux de référence Eonia alors le fonds perdra structurellement de sa valeur même s’il est considéré comme sans risque. Pour information, le taux Eonia (Euro Overnight Index Average), représente en quelque sorte le taux moyen des prêts allant de quelques jours à un an maximum.

Imaginons maintenant que vous trouviez un fonds sans risque avec un taux annuel de 0,75% (comme le Livret A). Vous pensez faire une bonne affaire ? Détrompez-vous car il faut aussi compter les frais de passage d’ordre. Si vous payez 4 euros pour un ordre de 1000 euros (tarif plutôt réaliste), alors le fait d’acheter et de vendre ce fonds vous coûtera 0,8 % de frais, soit plus que son rendement !

En conclusion, les fonds monétaires sûrs et sans risque éligible au PEA ne sont absolument pas une bonne affaire, tant que les taux d’intérêt resteront si bas. Je vous déconseille d’en acheter, et je vous suggère plutôt de garder vos liquidités non investies si jamais vous souhaitez éviter un marché action baissier ou si vous souhaitez rester en dehors du marché pendant quelques temps.

15/05/2018

Pourquoi les rapports Oxfam sont truffés d'erreurs et dotés d'une méthodologie douteuse ?

Attention à la méthodologie douteuse des rapports Oxfam

Oxfam est un regroupement d'associations qui luttent contre la pauvreté et les inégalités dans le monde. Régulièrement, Oxfam publie des rapports sur ces sujets qui sont fortement relayés dans la presse et les médias.

Hier, Oxfam a publié un rapport sur la répartition des bénéfices dans les entreprises du CAC 40. Si le débat mérite d'être soulevé, le rapport lui est truffé d'erreurs et de biais qui décrédibilise malheureusement l'association. Le pire est que cela a été trop rarement évoqué par les médias et la presse. L'Usine Nouvelle a publié une interview de Patrick Artus (directeur chez Natixis donc loin d'être objectif) pour donner une contrepoids mais il aurait été préférable de faire une vraie analyse détaillée et objective pour prendre du recul sur ce rapport Oxfam.

Que dit ce rapport ? Il dit que les entreprises du CAC 40 ont principalement utilisé leurs bénéfices pour rémunérer leurs actionnaires (67 %) et très peu pour rémunérer leurs salariés à travers la participation et l'intéressement (5 %). Le reste allant au réinvestissement dans l'entreprise. Pourquoi ces conclusions sont biaisées et s'appuient sur des erreurs de méthodes ?

Les dividendes ne reflètent pas la rémunération des actionnaires

Si vous avez lu mon article sur la signification du prix d'une action, vous comprendrez rapidement que, malgré la croyance populaire, les dividendes ne sont absolument pas pertinents pour mesurer la rémunération des actionnaires. En effet, le détachement d'un dividende fait baisser mécaniquement le cours de l'action et cela est neutre pour l'actionnaire.

L'actionnaire cherche à se rémunérer sur la création de valeur de l'entreprise qui fera croitre la valeur de l'action, avec ou sans détachement de dividende. La dividende n'a d'intérêt pour l'actionnaire que s'il juge qu'il fera meilleur usage de cet argent que l'entreprise dans laquelle il a investi. Certains actionnaires privilégient les entreprises à fort dividende non pas à cause de celui-ci directement mais parce qu'un fort dividende est souvent (pas toujours) synonyme d'une entreprise qui arrive à être rentable sur le long terme.

Quelqu'un qui s'intéresse un peu aux marchés financiers et aux actions d'entreprise verra facilement que les entreprises qui distribuent des dividendes ne sont pas forcément une bonne affaire pour l'investisseur, surtout dans les entreprises du CAC 40 ! Historiquement, EDF a toujours été un exemple de gros distributeur de dividendes. Et le cours de son action s'est effondré tout au long des années. Un très mauvais pari pour l'actionnaire. Au contraire, une entreprise comme Iliad (maison mère de Free) distribue une part très faible de dividendes et a pourtant permis à ces actionnaires de s'enrichir considérablement. Un autre exemple frappant est celui d'Apple qui ne distribue quasiment jamais de dividendes, et pourtant leurs actionnaires sont devenus très riches en possédant ces actions Apple.

A travers son rapport et ses comparaisons à d'autres pays, Oxfam sous-entend que le CAC 40 rémunère mieux que les autres pays. Il suffit de comparer objectivement et financièrement ce qu'aurait gagné un investisseur sur le CAC 40 plutôt qu'un investisseur sur le DAX ou le S&P 500 (toutes les données historiques sont disponibles) pour comprendre que cela est totalement faux.

Les profits d'une entreprise française ne sont pas que les profits du travail des salariés français

On l'oublie encore trop souvent (et pourtant on devrait en être fier) mais les entreprises du CAC 40 génèrent la majorité de leurs profits à l'étranger. Il est absurde de vouloir le comparer uniquement aux salariés français. Les investissements de ces entreprises se font dans le monde entier, tout comme les actionnaires sont loin d'être tous français.

Les salaires et les conditions de travail sont aussi des facteurs de partage des revenus de l'entreprise

Les salaires (et son évolution) ainsi que les conditions de travail sont bien plus pertinents comme éléments que les primes (qui ne touchent pas tous les salariés) et l'intéressement pour mesurer le partage des revenus au sein d'une entreprise.

Pourtant, Oxfam oublie complètement d'évoquer ces aspects et de faire une étude approfondie détaillée. Ce n'est pas étonnant quand on sait que les salariés des entreprises du CAC 40 bénéficient de nombreux avantages et d'une évolution salariale favorable comparée à d'autres entreprises similaires dans d'autres pays.

Les salariés sont aussi souvent des actionnaires

Pourquoi chercher sans cesse à opposer salariés et actionnaires ? Dans les entreprises du CAC 40, la proportion de salariés actionnaires est extrêmement importante grâce aux dispositifs de Plan d'Epargne Salariale (dont je vous recommande l'utilisation dans cet article).

Si les actionnaires du CAC 40 s'enrichissent si simplement, n'oubliez pas que n'importe qui peut devenir actionnaire de tout le CAC 40 via des trackers ayant très peu de frais de gestion. Devenez actionnaire, c'est aussi le conseil que je vous donne à travers ce blog.

D'autres méthodes douteuses dans de précédents rapports Oxfam

Malheureusement ce n'est pas la première fois qu'Oxfam utilise une méthodologie douteuse. Et pire encore, ce n'est pas la première fois (et certainement pas la dernière) que ces conclusions sont fortement relayées par tous les médias qui n'apportent que trop rarement un regard critique.

Il y a quelques mois, Oxfam publiait un autre rapport sur les inégalités de richesse avec une formule choc : 82 % des richesses créées dans le monde ont bénéficié aux 1 % les plus riches. La méthodologie utilisée pour évaluer la richesse est très critiquable. En effet, en regardant le patrimoine net des emprunts, une personne qui possède un prêt immobilier se retrouve plus pauvre qu'un enfant syrien sans abri. De même, avec cette méthodologie, les Etats-Unis font partie des pays ayant le plus de pauvres loin derrière la Chine. Est-ce vraiment pertinent ?

Je vous invite à lire cet article des décodeurs du Monde pour comprendre en détails en quoi il faut être méfiant vis à vis de cette étude. Ainsi que cet article sous Wikipédia qui parle des nombreuses polémiques et critiques qui entâchent Oxfam. Difficile de comprendre pourquoi ils arrivent à garder cet aura médiatique...

En conclusion, attention donc aux études médiatisées et aux conclusions trop hâtives. Ces débats doivent être soulevés et nous sommes loin de vivre dans un monde avec une juste répartition des richesses. Mais si nous ne faisons pas l'effort de comprendre la complexité du problème, nous n'arriverons jamais à des solutions efficaces ni à faire élever le débat et les croyances populaires.